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“Ni vue, ni connue” de Marc Fitoussi



Film français de Marc Fitoussi (2026), avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin, Ana Girardot, Vincent Dedienne, Thomas Jolly, Diane Kruger, Emmanuelle Bercot, Antoine Levannier, Hugo Becker, Pierre-François Garel, Florence Muller, Alice de Broqueville, Catherine Davenier, Eva Huault, Bernard Verley… 1h55. Sortie le 7 octobre 2026.



Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain



À l’origine de ce film, il y a un pari assez fou : confier à Isabelle Huppert, dont on pourrait estimer qu’elle a déjà tout joué, le rôle d’une figurante de cinéma plutôt envahissante qui se glisse dans l’intimité de Sandrine Kiberlain et d’Anne Marivin, quant à elles interprétant leurs propres rôles sans fausse modestie. Un défi comme les affectionne l’actrice qui ne fait qu’une bouchée de ce personnage bien décidé à sortir enfin de l’anonymat pour essayer de se retrouver en haut de l’affiche, en usant davantage de son talent que d’un piston illusoire. Prétexte à un scénario très habile qui nous entraîne dans les coulisses du cinéma français avec pour guide une femme condamnée à n’être qu’entrevue et qui ne se résout pas à cette fatalité injuste et arbitraire. Pour avoir déjà dirigé Isabelle Huppert dans Copacabana (2010), La ritournelle (2014) et un épisode de la série Dix pour cent, et Sandrine Kiberlain dans La vie d’artiste (2007) et Pauline détective (2012), le réalisateur met cette expérience au service d’un portrait alerte de ces obscurs et sans-grade qui peuplent notre cinéma. Il tire un parti très habile de sa connaissance des deux comédiennes et leur offre une occasion de sortir l’une comme l’autre de ce qu’on pourrait considérer légitimement comme leur zone de confort. Et il leur offre à cet effet une marge de manœuvre considérable dont elles profitent sans feindre la jubilation que leur fournit cette fructueuse opportunité.



Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain



La première gageure de Ni vue, ni connue consiste à confier ce rôle ingrat à une star qui s’en délecte sans modération et réussit à se montrer à la fois drôle et touchante selon les situations. C’est une excellente idée de prendre pour vedette une forçate de la gloire qui tente d’exister par tous les moyens et à laquelle sa fréquentation des plateaux a donné une connaissance en profondeur de leurs us et coutumes. En braquant sa caméra sur cette femme invisible, Marc Fitoussi signe une comédie acide qui expose un aspect rarement montré du cinéma, tout en dépeignant cet univers avec une férocité complice comme un microcosme en proie à sa propre version de la lutte des classes. Immersion réussie et le plus souvent fort jubilatoire. Derrière son patronyme de moquette qui ne figure jamais aux génériques, Corinne Maclou n’entend jouer ni les carpettes ni les paillassons sur lesquels viendraient à s’essuyer des partenaires plus en vue. Simplement, forte de son expérience au fil de laquelle elle a enduré toutes les humiliations, elle sait reconnaître les talents authentiques et refuse de faire des courbettes pour passer du statut de figurante anonyme à celui de comédienne. Il s’agit d’ailleurs là de deux mondes qui ne communiquent que très rarement, tant ils sont régis par des modes de fonctionnement incompatibles. Le regard que porte Marc Fitoussi sur le petit monde des figurants est d’autant plus original qu’il choisit pour cela une femme qui n’est jamais dupe du milieu qu’elle fréquente et à qui son expérience a appris à jauger les comédiens comme les techniciens qu’elle est amenée à croiser. C’est en cela qu’elle est à part et elle réussit d’autant mieux à le faire comprendre qu’elle a l’audace de le formuler depuis une position où il est déconseillé d’ouvrir sa bouche sous peine de se voir bannie des plateaux. Et ça, Isabelle Huppert le réussit comme personne, parce qu’elle est à la fois la figurante expérimentée qu’elle incarne et l’actrice de génie qu’elle est.

Jean-Philippe Guerand





Isabelle Huppert, Anne Marivin et Sandrine Kiberlain

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