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“Moulin” de László Nemes



Film français de László Nemes (2026), avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefebvre, Max Warburton, Hans Peterson, Marcin Czarnik, Isabella Caussanel, Pierre Nisse, Christian Harting, Hortense de Gromard, Cser Kinga, Hortense Quentin de Gromard, Máté Flór, Uwe Lauer… 2h14. Sortie le 28 octobre 2026.



Lars Eidinger



Figure emblématique de notre mémoire nationale, Jean Moulin (1899-1943) a été chargé par le général de Gaulle de fédérer les différents réseaux sous l’autorité unique du Conseil national de la Résistance dont il prend la direction avant de le payer de sa vie. C’est la fin de ce destin que relate le film que lui consacre aujourd’hui le réalisateur hongrois du Fils de Saul (2015), László Nemes, sur un scénario écrit par Olivier Demangel auquel on doit notamment celui de Novembre (2022) de Cédric Jimenez. Il choisit pour cela de se concentrer sur l’arrestation de ce quidam raflé avec d’autres patients dans la salle d’attente d’un médecin de la banlieue lyonnaise qui se retrouve interrogé personnellement par le chef de la gestapo locale, Klaus Barbie, pressentant que ce notable qui se fait appeler Martel n’est pas le décorateur d’intérieur qu’il prétend être, sans parvenir pour autant à cerner son identité exacte. C’est cette épreuve de vérité que décrit le film en reconstituant avec la plus grande vraisemblance possible la confrontation de ces deux hommes dont les historiens ne savent en fait que très peu de choses. Il s’agit donc d’une sorte d’interrogatoire à l’aveugle où l’officier nazi prêche le faux pour connaître le vrai, en se fiant avant tout à son instinct de chasseur. Cet épisode déterminant de la Seconde Guerre mondiale n’a véritablement été évoqué au cinéma que dans L’armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville où il se retrouve partiellement dans le personnage incarné par Paul Meurisse, Lucie Aubrac (1997) de Claude Berri en la personne de Patrice Chéreau et récemment La bataille de Gaulle d’Antonin Baudry sous les traits de Félix Kysyl. Moulin lui donne chair avec une vraisemblance saisissante que la mise en scène exploite avec la tension dramatique d’une tragédie antique, mais aussi avec une économie d’effets exemplaire.


Gilles Lellouche



“ Entre ici, Jean Moulin ! ” Cette phrase célèbre prononcée par André Malraux le 19 décembre 1964, lors de l’entrée au Panthéon de l’urne contenant les cendres présumées du chef de la résistance, a inscrit définitivement son nom dans notre inconscient collectif qui s’était contenté jusque-là de quelques photos devenues iconiques. Il est aujourd’hui incarné avec une grande sobriété par Gilles Lellouche qui se met tout entier au service de son rôle, dans la continuité inversée de celui qu’il interprétait dans Adieu monsieur Haffmann (2022). Il se glisse à pas comptés dans la peau de ce personnage dont il donne une représentation particulièrement cohérente au vu de ce qu’on en sait. Avec face à lui l’acteur allemand Lars Eidinger, déjà vu chez les cinéastes français Olivier Assayas Claire Denis, Guillaume Gallienne et Alice Winocour, qui campe un Barbie droit dans ses bottes face à une énigme faite homme. La direction d’acteurs de László Nemes devient de fait la pierre angulaire de cet affrontement qui ne s’autorise pas le moindre mot d’auteur et se révèle conforme aux maigres lambeaux de vérité entérinés par les historiens, paradoxalement de nature à donner une marge de manœuvre supplémentaire. Moulin s’inscrit aujourd’hui dans cette nouvelle tendance qui consiste pour le cinéma français à affronter enfin le récit de l’Occupation sans l’idéaliser et en prenant en compte une vision plus juste et moins manichéenne de la situation illustrée simultanément cette année par Les rayons et les ombres, Notre combat et La bataille de Gaulle. Il était plus que temps !

Jean-Philippe Guerand





Gilles Lellouche

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