Film français de Sarah Arnold (2026), avec Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne, Bertrand Belin, Jean-Louis Coulloc’h, Xavier de Guillebon, Pascal Rénéric, Jade Fiess, Thierry Godard, Jacques Develay… 1h35. Sortie le 7 octobre 2026.
Bertrand Belin et Ella Rumpf
Il y a les films qui suivent une trajectoire rectiligne et ceux qui se mettent à disjoncter, quitte à partir dans une direction inattendue. Ces derniers sont les plus rares et les moins assurés de plaire au plus grand nombre. Le premier long métrage de Sarah Arnold relève de cette catégorie par son sens du contre-temps et de la rupture. Il débute pourtant comme bien des polars, par la mystérieuse disparition d’un céréalier aux abois dans une région où les chasseurs et les agriculteurs s’affrontent sous le signe de la prolifération des sangliers que les premiers encouragent et que les seconds redoutent. Avec pour arbitres quatre personnages en quête de hauteur : un gendarme corse au cœur gros comme ça, une psychologue pétrie de questionnements, un mâle alpha en uniforme et un grand chef qui a toujours l’air ailleurs. Et puis, en contrepoint, des interprètes systématiquement décalés par rapport à leurs rôles : en l’occurrence les solistes virtuoses Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne et Bertrand Belin qui prennent un malin plaisir à se décaler de leurs compositions habituelles pour interpréter leur propre partition, sans provoquer pour autant la moindre cacophonie, mais pas vraiment d’harmonie non plus. Avec surtout une touche de folie en plus qui résulte de leurs confrontations.
Alexis Manenti
S’il fallait choisir un adjectif pour définir la tonalité de L’espèce explosive, le plus adapté serait sans doute “singulier”. Sous couvert de mettre en scène une enquête policière comme on en a tant vues à l’écran, Sarah Arnold a beau multiplier les références, c’est systématiquement pour mieux les détourner. À l’instar du cinéma pince-sans-rire d’Hal Hartley aujourd’hui injustement oublié qui a pris un malin plaisir à mettre en scène des personnages venus d’ailleurs dans des œuvres aussi atypiques que Trust Me (1991), Henry Fool (1997) ou No Such Thing (2001), sous les traits de Martin Donovan, Thomas Jay Ryan ou Robert John Burke. Bien que le film revendique son ancrage dans une France profonde qui tapisse ses murs de trophées de chasse, comme pour se rassurer sur sa virilité, sous le signe de ce pachyderme que représente le sanglier, il montre surtout une belle brochette de névrosés sans pour autant jamais se prendre au sérieux ni pratiquer de psychanalyse de cuisine. Et quand le vernis craque, c’est l’humour le plus loufoque qui envahit l’écran et nous fait réaliser que cette enquête absurde n’était au fond qu’un leurre de vérité. Ce sont les personnages qui prennent le contrôle de l’intrigue et décident de leur propre destin au contact les uns des autres, la raison du plus fou devenant dès lors la meilleure. C’est tout le charme de ce film burlesque et poétique qui revendique la liberté de ne jamais se reposer sur ses lauriers et d’ériger la disruption au rang des beaux-arts. Pour le plaisir, tout simplement.
Jean-Philippe Guerand




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