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“Le jour de son retour” de Hong Sangsoo



Geunyeoga doraon nal Film sud-coréen de Hong Sangsoo (2026), avec Song Sunmi, Cho Yunhee, Park Miso, Kim Sun-jin, Ha Seong-guk, Kang Soyi, Oh Yunsu, Shin Seokho… 1h24. Sortie le 14 octobre 2026.



 Song Sunmi, à droite



Volontiers comparé à Éric Rohmer avec lequel il partage un certain goût de l’intimisme associé à un vaste espace consacré aux conversations à bâtons rompus, le réalisateur Hong Sangsoo occupe une place à part dans l’extrême marge d’un cinéma sud-coréen réputé pour son mélange des genres et une expertise qui n’a plus grand-chose à envier à Hollywood. Au rythme de croisière de deux à trois longs métrages par an, il figure régulièrement dans les plus grands festivals internationaux et ne cesse de surprendre par son minimalisme mis au service d’une profondeur psychologique remarquable. Tel est le cas de son trente-quatrième film, Le jour de son retour, qui confronte une actrice retirée des caméras à des journalistes trop jeunes pour connaître sa carrière en profondeur. Succession de confrontations en champ contrechamp et en noir et blanc que le réalisateur envisage comme une véritable épreuve de vérité à travers ce rituel institutionnalisé qui consiste pour les journalistes à défiler devant les talents pour leur poser à peu près invariablement les mêmes questions formatées. L’originalité de son regard réside dans le fait que les intervieweuses (il n’y a que des femmes) ont toutes l’âge d’être les filles de leur interlocutrice et s’intéressent davantage à ses états d’âme qu’au film dont elle est l’interprète et dont on ne saura à peu près rien. Hong Sangsoo pointe là les méfaits de la peoplisation à outrance et l’influence perverse des réseaux sociaux en quête permanente de sensations. Ne pas parler de l’essentiel semble être une nouvelle doxa.



Song Sunmi, à droite



Le jour de son retour se déroule dans un bar à bières allemand apprécié de l’actrice dont on ne voit en tout et pour tout que la table derrière laquelle elle reçoit ses interlocutrices raisonnables jusqu’à se montrer déroutantes quand elle leur propose de boire de l’alcool. Hong Sangsoo dépeint ainsi sans ménagement une jeune génération trop sage qui ne pose par ailleurs que des questions dépourvues de personnalité, là où l’on sent l’actrice prête à fournir parfois des réponses nettement moins conformistes. Comme si elle s’était échappée d’une autre époque pour secouer ses cadettes et les forcer à la pousser dans ses retranchements. Non seulement on comprend peu à peu qu’elle n’est pas satisfaite du rôle dans lequel elle revient, mais pas davantage de l’évolution du cinéma. Là, le message est codé, même si l’on perçoit son caractère sardonique. Peut-être le réalisateur manifeste-t-il sa solitude parmi un cinéma d’auteur coréen qui semble s’être réduit comme peau de chagrin et dont il revendique d’être le dernier franc-tireur reconnu sur le plan international depuis la disparition prématurée de son compatriote Kim Ki-duk emporté par la pandémie de Covid-19 à la veille de son soixantième anniversaire. Cette succession de têtes-à-têtes découpés en plans-séquences lui donne l’occasion d’affirmer quelques vérités bien senties sur ce système médiatique dont il se méfie plus que tout autre, avec une certaine bouffée de nostalgie qui passe par la personnalité atypique de la comédienne Song Sunmi, qu’il a notamment dirigée dans La femme qui s’est enfuie (Ours d’argent de la mise en scène à la Berlinale 2020) auquel le titre de son nouvel opus fait évidemment écho. On comprend que c’est en allant voir ailleurs qu’elle a perçu la vacuité de certaines pratiques.

Jean-Philippe Guerand





Song Sunmi

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