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“Le corset” de Louis Clichy



Film d’animation franco-belge de Louis Clichy (2026), avec (voix) Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Dimitri Colas, Aurélie Vassort, Alexandre Astier, Jean-Pascal Zadi… 1h30. Sortie le 14 octobre 2026.





Le cinéma d’animation est porteur d’une richesse impressionnante de propositions qui passe à la fois par la multiplicité des techniques utilisées et une diversité graphique à peu près infinie. Avec son premier long métrage, Louis Clichy revient en quelque sorte aux origines pour raconter une histoire ancrée dans un paysage rarement à l’honneur : la ruralité. Dans une ferme perdue au cœur de la plaine de la Beauce, un préadolescent dont la tête a une fâcheuse tendance à pencher se trouve contraint de porter un corset qui le handicape à un âge où ses camarades se montrent souvent plus prompts à la moquerie qu’à la compassion. Reste que la force de caractère du gamin va lui permettre d’aller au-delà de cette contrainte et même de rencontrer une alliée inattendue. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Le corset est un film largement autobiographique qui affirme une portée universelle par les thèmes qu’il aborde et surtout par les moyens qu’il utilise à cet effet. Prenant le contrepied d’une certaine sophistication, son auteur opte pour l’aquarelle au pinceau et à l’encre de Chine qui confère un supplément de douceur à cette histoire inscrite dans un cadre dépourvu naturellement de relief entre ciel et champs. Un retour aux sources salutaire pour Clichy qui a pourtant accompli ses premières armes chez Pixar sur Wall-E (2008) et Là-haut (2009) avant de signer en tandem avec Alexandre Astier Astérix : Le domaine des dieux (2014) et Astérix : Le secret de la potion magique (2018).





Prix spécial du jury dans la section cannoise Un certain regard, Le corset a par la suite décroché trois récompenses majeures au festival d’Annecy, La Mecque mondiale du cinéma d’animation où la concurrence est particulièrement rude. C’est pourtant par son originalité et sa simplicité que le film de Louis Clichy est parvenu à s’imposer. Il s’inscrit en effet dans une France trop rarement montrée à l’écran, sous prétexte qu’elle n’aurait pas d’histoire, un pays sur lequel le temps semble s’être arrêté et où les traditions se perpétuent dans l’indifférence générale, loin du bruit et de la fureur des villes. L’atmosphère du film renvoie toutefois à une peinture impressionniste du terroir hexagonal qui oscille entre Jour de fête (1949) de Jacques Tati et Alexandre le bienheureux (1988) d’Yves Robert sur le registre de l’insouciance et de la bonne humeur, dans la continuité naturelle des documentaires de ces cinéastes paysans que furent Georges Rouquier et Raymond Depardon. Ses habitants vivent en symbiose avec la nature dont ils prennent soin et les enfants y sont sollicités dès leur plus jeune âge pour participer aux travaux des champs, tout en suivant leur scolarité. C’est le cas du jeune héros du film qui grandit comme ses parents avant lui sans se poser trop de questions existentielles. Il n’est que peu question ici du malaise agricole, tout simplement parce que le film est vu à travers le regard de Christophe, même s’il est parfois de travers, et surtout la vision poétique qu’en propose Louis Clichy à travers des choix artistiques qui tranchent délibérément avec la sophistication du cinéma d’animation contemporain et sa surenchère technologique. Le corset s’inscrit  de toute évidence comme une œuvre majeure dans l’histoire du cinéma d’animation français qui en est déjà riche.

Jean-Philippe Guerand






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