Film franco-italien de Marine Atlan (2026), avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier-Audat, Rouge Isaac, Hadya Fofana, Lou-Ann Le Glorennec, Chamathka Warahena, Cherazade Hammedi, Camille Ménard-Harnish, Gustave Tersiguel, Mathéo de Carlo, Alma Polgar, Mariam Bouras, Léonilde Moucheroud, Emmanuelle Lafon, Lila Latronche, Anna Heckel, Romaïssa Taleb, Djimo Salim Nassokho, Kessy Mendy, Youssef Ben Hadj Amor… 2h25. Sortie le 21 octobre 2026.
Colas Quignard
Il y a toujours une jouissance particulière à découvrir un film que personne n’a vu. On se retrouve en effet confronté à une sorte de variante de la page blanche où tout peut arriver, en bien comme en mal. À cette impression s’en ajoute une autre quand l’écran blanc se remplit d’un premier film avec ses promesses afférentes. C’est précisément le cas de La Gradiva, découvert en avril dernier, quelques semaines avant le Festival de Cannes où il a constitué l’une des révélations de la Semaine de la critique dont il a remporté le grand prix avant d’accumuler les trophées à Athènes, Reykjavik, Melbourne et de décrocher le prix d’Ornano-Valenti au festival de Deauville. Bien qu’elle signe là son premier long métrage en tant que réalisatrice, Marine Atlan possède déjà une expérience considérable dans son domaine de prédilection, la direction de la photographie, qui lui a valu de collaborer avec des personnalités telles que Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Simon Rieth, Carmen Jaquier, Iris Kaltenbäck, Alexis Langlois et Louise Hémon. Le cadre est celui d’un voyage scolaire qui mène un groupe de lycéens à Naples où le choc du passé les frappe de plein fouet. Face au spectacle de ces vies arrêtées en plein élan par le Vésuve, ils sont saisis par une sorte d’ivresse irrationnelle qui provoque un véritable choc tellurique. Comme si l’éruption de Pompéi s’insinuait au plus profond d’eux et engendrait des dégâts collatéraux parmi ces personnalités en phase de construction qui éprouvent en quelque sorte une variante du fameux syndrome de Jérusalem à travers cette immersion dans l’Antiquité que sa réalisatrice qualifie joliment de “ collision entre l’instantané de la jeunesse et l’éternité des ruines ”.
On a rarement évoqué les tourments de l’âge ingrat avec autant de justesse que dans cette étude de mœurs chorale qui ose se donner le temps de montrer le lent dérèglement qui s’opère parmi ce groupe, jusqu’à son implosion. Marine Atlan s’attache au collectif autant qu’à l’individuel en ne laissant à personne d’autre le soin d’éclairer ces paysages au-dessous d’un volcan qui reste une menace omniprésente et imprévisible vis-à-vis de laquelle l’être humain ne possède pas la moindre prise. L’habileté de ce portrait de groupe consiste à briser cette harmonie de façade et à montrer le désordre en cascade qu’elle entraîne parmi ces adolescents littéralement bouleversés dans leurs certitudes dont la vie semble brutalement se figer comme celles des habitants de cette cité antique ensevelie par la lave. L’atout majeur de la réalisatrice consiste à réfléchir avec ses yeux autant que son esprit et d’utiliser les moindres ressources du cinéma pour sonder les êtres qu’elle met en scène sans s’astreindre jamais à instaurer une hiérarchie artificielle entre eux, ni même à diriger notre regard. Ce sont les événements qui se chargeront de cette tâche en se précipitant. Dès lors, l’insouciance se fissurera au contact de la tragédie en renvoyant chacun des protagonistes à ses responsabilités. Seule certitude de ce film lancinant et funèbre : aucun de ses personnages n’en réchappera sain et sauf. C’est aussi cela qu’on appelle grandir. Tout simplement.
Jean-Philippe Guerand




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