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“Raison et sentiments” de Georgia Oakley



Sense and Sensibility Film britanno-américain de Georgia Oakley (2026), avec Daisy Edgar-Jones, Esmé Creed-Miles, Caitriona Balfe, Frank Dillane, Herbert Nordrum, Bodhi Rae Breathnach, George MacKay, Fiona Shaw, Chloe Pirrie, Forrest Bothwell, Bethany Slater, Stacy Martin, Tom Brooke… 2h13. Sortie le 23 septembre 2026.



Daisy Edgar-Jones, Esmé Creed-Miles et Frank Dillane



Jane Austen (1775-1817) fait partie de ces auteurs patrimoniaux auxquels le cinéma britannique aime à se resourcer régulièrement, Orgueil et préjugés ayant notamment donné lieu à d’innombrables adaptations. Outre maints téléfilms et séries, son premier roman Raison et sentiments (signé anonymement “by a Lady” en 1811) a inspiré pour sa part il y a une trentaine d’années une version mémorable à Ang Lee qui réunissait notamment Emma Thompson (oscarisée pour le scénario), Kate Winslet et Hugh Grant. C’est cette fois une réalisatrice qui se trouve aux commandes du premier cru post-#MeToo de ce classique sous-titré “Les deux manières d'aimer” que ses grands sentiments préservent des épreuves du temps. Révélée par Blue Jean (2022), Georgia Oakley adopte d’ailleurs les points de vue divergents de deux sœurs par rapport à l’amour. L’une se laisse guider par ses sentiments, tandis que l’autre obéit à ce qu’elle croit être son devoir. Bien que cette histoire se déroule à une époque où revenait seul aux hommes le privilège de décider de la condition des femmes, elle adopte leur point de vue, en l’occurrence celui d’une veuve dont les trois filles concentrent tous les espoirs depuis que la disparition de son mari a rendu leur situation matérielle pour le moins précaire.



Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles



Jane Austen a conçu Raison et sentiments comme un éloge de la sororité dans un monde dominé par le patriarcat tout puissant où le mariage est encore envisagé comme un accord à but lucratif. Alors quand l’amour s’en mêle… Cette nouvelle version cinématographique est une affaire de femmes produite par India Flint qui a eu l’idée d’en confier l’adaptation à la romancière australienne Diana Reid. Elle s’attache à la complicité de ses deux sœurs qui refusent les conventions sociales et se battent pour conquérir l’homme sur lequel elles ont jeté leur dévolu. L’humour devient dès lors une composante essentielle de cette étude de mœurs acérée dont les protagonistes ne semblent jamais vraiment dupes des situations auxquelles ils se trouvent confrontés. Avec à l’appui un casting féminin de grande classe dominé par Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles, deux solistes d’une extrême subtilité qui écrasent leurs partenaires des deux sexes. Avec aussi un morceau d’anthologie qui renouvelle la fameuse figure imposée du duel vue si souvent, parce que décrit à travers les yeux de ces dames qui y assistent à distance, sous prétexte que c’est “ une affaire d’hommes ”, et cela même si elles en constituent l’enjeu. Sans égaler la splendeur de la version d’Ang Lee, cette adaptation a pour elle sa modernité sur fond de critique sociale, ce qui devrait lui permettre d’unir dans un même élan midinettes et féministes sans souscrire pour autant au titre de la comédie récente de Laura Piani Jane Austen a gâché ma vie.

Jean-Philippe Guerand







Esmé Creed-Miles

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