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“Notre salut” d’Emmanuel Marre



Film franco-belge d’Emmanuel Marre (2026), avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit, Mathilde Abd-El-Kader, Mathieu Perotto, Jean-Baptiste Marre, Manon Kneusé, Florian Surrier, Claudine Barthel, Frank Williams, Paul Garatte, Vincent Lecuyer, Nicolas Anthomé, Yoann Blanc, Laetitia Spigarelli, Thierry de Peretti, Maxim Driesen, Colombe Schmidt, Leon Guetta, Raphaël Thiéry, Alexandre Steiger, Emmanuel Salinger… 2h39. Sortie le 30 septembre 2026.



Sandrine Blancke et Swann Arlaud



À l’automne 1940, un inconnu débarque à Vichy muni d’un livre publié à compte d’auteur, “Notre salut”, qui recense les mesures nécessaires au relèvement de la France. Il sait se rendre nécessaire voire indispensable et se voit investi de responsabilités où il peut servir l’État français au rang de préfet. Même s’il ne constitue qu’un simple maillon de la chaîne de commandement, il reste fidèle à sa hiérarchie et applique des consignes auxquelles il n’adhère pas forcément, tant elles s’éloignent de ses propres préconisations. Révélé par Rien à foutre qu’il avait signé avec Julie Lecoustre, Emmanuel Marre s’inspire ici de son arrière-grand-père dont la famille a perdu toute trace après la Libération. Un de ces fonctionnaires zélés et anonymes que le général de Gaulle a préconisé d’absoudre de leurs fautes, sous prétexte de préserver les structures administratives du pays. Notre salut dépeint à travers la destinée de ce passe-muraille soucieux de retrouver les grâces de son épouse qui le méprise un aspect de la Collaboration sur lequel le cinéma ne s’est pas vraiment penché jusqu’alors. La particularité du film d’Emmanuel Marre consiste à nous introduire à l’intérieur même du moteur qui a fait tourner l’État français, en montrant comment le dévouement de ces ambitieux opportunistes a servi une machine infernale en la mettant à la disposition pleine et entière de l’ennemi qui n’en demandait pas tant et s’est souvent contenté de profiter de cette aubaine.



Swann Arlaud, au centre



Le réalisateur confie le rôle principal de son film à Swann Arlaud qui évite tous les effets et dont le personnage peu disert observe ses interlocuteurs pour s’en imprégner et leur renvoyer ce qu’ils en attendent. Un opportuniste qui se livre peu mais saisit les occasions quand elles se présentent. Le film tire sa force de cette retenue, en dressant un état des lieux saisissant d’un pays empêtré dans sa paperasse administrative et son goût des normes, qu’il s’agisse d’organiser le Service du Travail Obligatoire ou l’arrestation des citoyens “indésirables” donc la déportation des Juifs. La réussite de la mise en scène consiste à montrer l’absorption de l’individu par le collectif à travers des détails parfois infimes. Étayé par des recherches historiques d’une rigueur exemplaire, le film s’attache à un personnage auquel les circonstances permettent de sortir de l’ombre et surtout de retrouver une estime de soi en reconquérant son épouse issue d’un milieu social supérieur qui en était arrivée à le mépriser pour son manque d’ambition. Sur le plan de la mise en scène, Emmanuel Marre va même jusqu’à s’autoriser quelques licences poétiques et ne craint pas de verser parfois dans l’anachronisme bien tempéré, notamment en utilisant une bande originale qui joue sur la disruption et le contre-temps, à l’instar de ces pas de danse baroques qu’exécute le couple sur “Popcorn”, morceau emblématique datant de… 1972. Comme si la musique pouvait véritablement adoucir les mœurs. Notre salut est d’ores et déjà une œuvre qui défie le temps en remettant quelques pendules à l’heure. Il était plus que temps !

Jean-Philippe Guerand








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