Eu e meu avô Nihonjin Film d’animation brésilo-japonais de Celia Catunda (2025), avec (voix) Justine Hostekint, Laurent Pasquier, Angélique Heller, Anny Vogel, Madison Vossius, Émilie Charbonnier… 1h22. Sortie le 16 septembre 2026.
Voici un film d’animation résolument disruptif dont certains enjeux risquent d’échapper au public français. Il y est en effet question d’une famille japonaise immigrée au Brésil dont le plus jeune représentant se met à se questionner sur ses racines et les raisons de cette immigration. Ce dépaysement passe d’emblée sur une caractéristique inattendue : les protagonistes s’expriment dans ce portugais chantant qui caractérise sa variante brésilienne. Le point de vue du film est en outre celui d’un enfant des années 80 confronté à ses origines à travers un exposé qui tente de faire raconter à son grand-père ce qui l’a incité à quitter son pays natal six décennies plus tôt, à l’occasion d’une vague d’émigration massive qui a entraîné l’installation de deux cent cinquante mille japonais au Brésil entre 1908 et 1941. C’est sans doute là où le bât blesse. Le film s’adressant à un jeune public, il prend des pincettes pour évoquer un sujet particulièrement délicat dont les enjeux nous échappent pour une bonne part. Le Japon dont il est question est en effet aussi celui de la Seconde Guerre mondiale qui a choisi le camp du mal et l’a payé de deux bombes atomiques et d’une atteinte irrémédiable à son identité profonde. Une composante absente du scénario qui en appelle plus volontiers au folklore du Pays du Soleil levant et brouille en quelque sorte l’histoire par omissions accumulées, sans doute pour éviter de choquer une partie du public auquel s’adresse le film. C’est malheureusement sa limite, même s’il semble plaider en faveur d’une réconciliation.
Ma famille de samouraïs est l’adaptation du roman autobiographique “Nihonjin” d’Oscar Nakasato (2011) sur un registre visuel inspiré de la peinture d’Oscar Oiwa, l’un et l’autre étant issus de cette communauté. Force est de constater que le film nous confronte à une problématique spécifique d’autant plus déroutante qu’elle est à peu près totalement étrangère à notre culture d’Européens. Sur le plan esthétique, le film pratique une sorte d’hybridation graphique entre les deux cultures qu’il évoque et trouve un savant équilibre de nature à séduire un jeune public. Reste le discours proprement dit qui procède parfois à des raccourcis un peu trop saisissants et se montre sans doute trop elliptique pour être tout à fait intelligible par un public occidental peu au fait des civilisations qu’il confronte : un Japon encore ancestral et le petit monde des immigrés exploités dans les plantations de café de la région de Sao Paulo par les potentats locaux. Le titre du film est en outre trompeur en donnant l’impression qu’on va assister à une comédie d’arts martiaux, là où il est davantage question de mélancolie et de déchirement. Avec en outre un rebondissement final qui ne fait qu’ajouter à la confusion ambiante, sans dissiper tout à fait le mystère qui plane en permanence sur cette quête mémorielle parfois nébuleuse, sans doute pleinement intelligible qu’à travers le décryptage d’un adulte, malgré son ambition universelle.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire