Accéder au contenu principal

“L’idée qu’on s’en faisait” de Sabrina Nouchi



Film français de Sabrina Nouchi (2025), avec Laetitia Beauvais, Andrea Dolente, Catherine Sorolla, Milo Charini, Gloria Pereira, Janis Kefi Abrikh, Émilie Souchay, Kevin Hesschientier… 1h45. Sortie le 30 septembre 2026.



Catherine Sorolla



Sabrina Nouchi possède la capacité précieuse d’œuvrer de façon autonome, sans avoir à dépendre des producteurs, distributeurs et autres investisseurs de la chaîne cinématographique. Dès lors, elle peut se targuer d’une indépendance précieuse qui lui permet de créer sans contraintes inutiles, sinon celle de la promotion qui nuit sans doute à sa visibilité quand elle vient à manquer. Elle trace ainsi sa route comme le fait également depuis une vingtaine d’années cet autre esprit libre qu’est Cheyenne Carron, sur un registre assez différent, là où d’autres utilisent Youtube ou les réseaux sociaux comme caisses de résonance. Comédienne depuis son plus jeune âge, elle a monté sa propre école d’art dramatique à Marseille, Nice et Paris, La Fabrique de l’acteur, pour former des interprètes de cinéma, tout en développant des projets en tant que réalisatrice sans se laisser freiner par les contraintes techniques et administratives. Résultat concret : une dizaine de longs métrages en l’espace d’une quinzaine d’années avec une équipe de fidèles et en mode guérilla. Le dernier en date illustre son état d’esprit. Produit par sa propre société, Sister and Brother, écrit et dialogué par ses soins, il rassemble quatre copines d’adolescence vingt ans plus tard dans une villa provençale avec piscine et exploite les multiples possibilités de ce postulat de départ jusqu’à l’épuiser. Résultat, un portrait de groupe avec drame qui énonce quelques vérités bien senties sur le statut inconfortable des femmes quadra dans la société contemporaine, sans plaquer pour autant des rebondissements dramatiques artificiels sur un dispositif choral d’où émergent des personnages visiblement nourris de la personnalité de leurs interprètes.



Laetitia Beauvais, Andrea Dolente et Janis Kefi Abrikh



Brodant autour d’un thème universel servi par des interprètes fidèles à Sabrina Nouchi, dont Milo Charini qui l’a lui-même eue pour partenaire dans Mon milieu, L’idée qu’on s’en faisait propose une réflexion plutôt pertinente sur l’amitié confrontée à l’épreuve des ans et aux écueils qui les caractérisent. Ces quatre amies ont été unies “pour la vie” et ça se sent jusqu’à une certaine limite, à ce qu’elles ne se sont pas confié et aux reproches larvés qui émergent de leurs conversations. Parce que dans un groupe, aussi fusionnel soit-il, il y a toujours des non-dits et des secrets que les uns connaissent, que les autres ignorent et dont l’accumulation finit par engendrer d’inéluctables malentendus. C’est cette usure du temps que décrit avec une grande finesse cette comédie de mœurs nourrie d’échanges souvent très justes qui évoque un sujet tabou : le temps qui reste, avec cette particularité du milieu de la vie que constitue parfois l’irruption de la maladie. Ces retrouvailles à haute tension réussissent la prouesse de revêtir les signes extérieurs de la comédie générationnelle, quitte à évoluer vers une gravité inattendue pour souligner à la fois tout ce qui sépare et tout ce qui unit ces quatre copines que leurs soucis personnels ont peu à peu coupé de celles qui s’étaient jurées amies pour la vie et en conséquence solidaires et inséparables. Un message universel qui évite en permanence mièvrerie et complaisance grâce à une interprétation qui transcende un matériau scénaristique au fond assez classique.

Jean-Philippe Guerand






Laetitia Beauvais

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...