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“Les roches rouges” de Bruno Dumont



Film portugo-franco-italo-hispano-qatarien de Bruno Dumont (2026), avec Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski, Mohamed Coly, Alessandro Piquera, Meryl Pires… 1h30. Sortie le 23 septembre 2026.



Kaylon Lancel et Kelsie Verdeilles



De très jeunes enfant, l’été, sous le soleil de la côte méditerranéenne, découvrent leurs premières émotions au contact les uns des autres et entre deux bains dans la mer dont ils ont fait leur territoire. De ce postulat minimaliste, Bruno Dumont signe un film qui ne ressemble à peu près à nul autre, en tout cas à aucun des siens, tant ses protagonistes sont jeunes, mais pas toujours innocents. Ce film s’apparente en quelque sorte à un retour à l’état sauvage qui escamote les adultes du paysage et ébauche l’apprentissage des relations humaines sans aucun filtre. On reconnaît dans ces visages parfois étranges et toujours étonnamment expressifs le penchant du réalisateur pour ces êtres atypiques qu’on croise rarement sur les écrans de cinéma parce qu’ils ne cadrent pas avec les canons traditionnels du glamour. Devant sa caméra, il émane pourtant d’eux une rare authenticité qui semble déjà avoir été polie sous l’effet conjugué des aléas de la vie et d’origines sociales défavorisées. Ce film solaire les montre au fil de leurs retrouvailles quotidiennes, tissant des liens ténus et se frottant à des rapports parfois rugueux : rivalité, jalousie, complicité, tendresse. Chaque matin ressemble au précédent, mais la suite évolue en permanence, comme l’audace des jeunes nageurs croisant symboliquement autour de ce pic rocheux planté dans la mer avant de s’aventurer à l’escalader. C’est cette répétition dont se sert la mise en scène pour montrer l’évolution des rapports humains primitifs qu’entretiennent ces gamins qui ne maîtrisent pas davantage les codes de la vie en société que la force tellurique de leurs sentiments.



Mohamed Coly, Kaylon Lancel et Kelsie Verdeilles



Bruno Dumont alterne plans d’ensemble et gros plans, comme pour circonscrire ces enfants dans un univers dont eux seuls connaissent les règles tacites. Avec toutefois une échappée de l’autre côté de la frontière franco-italienne au cours de laquelle ils accomplissent une escapade comme des grands dans un monde inconnu où ils se trouvent relégués au statut de simples spectateurs invisibilisés par les adultes, loin de leur paradis perdu. C’est du croisement d’un dispositif rigoureux avec l’insouciance inhérente à l’âge tendre que Bruno Dumont tire l’un des plus beaux films jamais consacrés à l’enfance, en montrant à quel point cette étape de la vie est propice à toutes les expériences, sans que les adjectifs mièvre et cruel revêtent pleinement un véritable sens. Ce portrait de groupe qui cadre des enfants particulièrement jeunes convoque en fait assez peu de points de comparaison, sinon peut-être un bref moment de L’argent de poche (1976) de François Truffaut. Dumont se positionne toutefois davantage du côté de Robert Bresson, Maurice Pialat ou Jean Eustache, à un âge où les préjugés de classe n’existent pas encore et où la société n’a pas encore édifié ces murailles invisibles qui vont la scléroser. Le monde qu’il décrit n’est plus tout à fait celui de l’innocence car y sourdent déjà des préjugés et des rivalités, mais c’est avant tout un terrain de jeux soumis à des antagonismes et des conflits avec pour enjeu la position convoitée de caïd et l’attention d’une fille qui ne maîtrise pas encore tout à fait son pouvoir de séduction. Délicieuse immersion.

Jean-Philippe Guerand







Kaylon Lancel et Kelsie Verdeilles

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