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“Les éléphants dans la brume” d’Abinash Bikram Shah



Elephants in the Fog Film népalo-franco-germano-brésilo-norvégien d’Abinash Bikram Shah (2026), avec Pushpa Thing Lama, Deepika Yadav, Jasmin Bishwokarma, Aliz Ghimire, Joel Gurung, Aashant Sharma, Sanjay Gupta, Umesha Pandey, Drishti Gauri Malla, Dai Maotse Gurung… 1h47. Sortie le 23 septembre 2026.



Pushpa Thing Lama



D’emblée, une précision importante : malgré son titre accrocheur, ce film n’a absolument aucun rapport avec Gorilles dans la brume (1988), le biopic de Dian Fossey réalisé par Michael Apted. Il est en revanche justifié par la séquence finale. Quoi qu’il en soit, certains projets défient l’admiration. Tel est le cas du premier long métrage du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah, prix du jury de la section Un certain regard à Cannes, qui s’est fait remarquer en signant le scénario de deux opus de son compatriote Min Bahadur Bham en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère : Kalo Pothi, un village au Népal (Prix de la critique à la Mostra de Venise en 2015) et Shambhala, le royaume des cieux (en compétition à la Berlinale en 2024). Il s’attache dans Les éléphants dans la brume à la matriarche d’une communauté kinnar sur le point de s’échapper en compagnie de son amant qui se trouve confrontée à ses responsabilités lorsqu’une de ses filles vient à disparaître. Le film transpose les codes du thriller dans un cadre résolument exotique en signant le portrait d’une femme puissante que l’adversité conduit à s’humaniser singulièrement et à laisser s’exprimer des sentiments jusqu’alors incompatibles avec ses responsabilités et son autorité morale. Il trouve une interprète exceptionnelle en la personne de Pushpa Thing Lama, femme trans engagée depuis plus de deux décennies dans la défense des droits des personnes LGBTQIA+. Son statut de militante n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans l’autorité naturelle que dégage son personnage à l’écran qui assure par ailleurs une modernité inattendue à cette histoire qui offre un rôle inattendu aux pachydermes.



Pushpa Thing Lama



Longtemps réduit à des études de mœurs pleines de bonnes intentions et teintées de considérations anthropologiques, le cinéma népalais accomplit un pas en avant déterminant avec Les éléphants dans la brume, en inscrivant une intrigue policière classique dans le contexte d’une communauté qui vit en autarcie, un peu comme a pu le faire naguère Peter Weir chez les Amish de Witness (1985). Il n’y a pas le moindre pittoresque dans ce film qui reflète la complicité du réalisateur avec son chef opérateur Noé Bach et leur admiration commune pour le photographe Nan Goldin, moins pour son esthétique que pour la relation qu’il est parvenu à établir avec ses sujets. Abinash Bikram Shah cite volontiers parmi ses références cinématographiques deux maîtres asiatiques : l’Indien Sayajit Ray et le Taïwanais Hou Hsiao-hsien pour leur manière d’intégrer les émotions dans un cadre plus large en jouant des silences autant que des dialogues. Son film propose ainsi une plongée fascinante dans un monde inconnu où la tradition se heurte à des préjugés nourris d’une intolérance féroce et irrationnelle qui renvoie sans doute à des origines lointaines. Avec à la clé une réflexion intemporelle sur l’évolution des mœurs et la prise en compte de deux phénomènes a priori incompatibles : le respect des traditions et l’émergence de certaines minorités dont les caractéristiques semblent incompatibles avec leur communauté. D’où cette volonté de s’en échapper pour pouvoir vivre en toute liberté sans avoir subir le regard des autres. Conflit éternel qui sous-tend ce film séduisant et inventif, loin de la tentation complaisante du pittoresque.

Jean-Philippe Guerand






Deepika Yadav et Pushpa Thing Lama

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