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“La vie d’une femme” de Charline Bourgeois-Tacquet



Film franco-belge de Charline Bourgeois-Tacquet (2026), avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto, Marie-Christine Barrault, Yumi Narita… 1h38. Sortie le 9 septembre 2026.



Léa Drucker



Révélée par une comédie sentimentale joliment enlevée, Les amours d’Anaïs (2021), Charline Bourgeois-Tacquet élève la barre de ses ambitions avec son deuxième long métrage. Elle y met en scène le quotidien d’une chirurgienne confrontée à la crise du système de santé qui accueille au sein du service qu’elle dirige une romancière venue se documenter sur ce monde plutôt fermé en observant au plus près le fonctionnement de l’hôpital public. Une fonction que la réalisatrice a elle aussi choisi d’assumer préalablement pour se familiariser avec l’univers qu’elle dépeint. Le film séduit par la justesse de ces scènes qui reflètent la frénésie ambiante des unités de soins et plus particulièrement la tension intense qui règne dans les services d’urgences. Ce chaos debout constitue le quotidien de cette professeure résiliente qui s’efforce de relativiser ses conditions de travail pour se mobiliser sur sa mission : soulager la douleur et sauver des vies malgré le désordre ambiant. Un rôle tenu avec maestria par Léa Drucker qui fait face à la tourmente en exerçant son métier comme un sacerdoce afin de résister au poids des contraintes administratives imposées par les tableurs Excel des fonctionnaires en charge de la rationalisation des tâches. Cette description de l’hôpital public constitue indéniablement l’atout maître du film qui excelle à en dépeindre les failles dans des tableaux de groupe très réussis, à l’instar d’un déménagement mis en scène comme la débâcle d’une communauté où le chacun pour soi semble avoir pris le pouvoir sur l’esprit de corps d’une collectivité qui continue à se serrer les coudes contre vents et marées.



Laurent Capelluto et Léa Drucker



Comme le souligne son titre, La vie d’une femme met en perspective le télescopage d’une activité professionnelle envahissante avec le destin sentimental qu’elle perturbe en permanence. Au point que le personnage campé par Léa Drucker prend conscience de sa bisexualité au hasard d’une rencontre, quitte à envoyer voler ses certitudes au détriment de son entourage, tout en veillant sur sa mère en proie à une maladie dégénérative. Charline Bourgeois-Tacquet montre ainsi ce destin percuté par les circonstances, avec à la clé l’intervention d’un facteur extérieur. La quinquagénaire qu’elle met en scène est une guerrière contrainte de combattre simultanément sur tous les fronts en évitant de sacrifier la proie pour l’ombre. Une héroïne moderne du quotidien dont l’affranchissement passe par un cumul des responsabilités à haut risque, quitte à impacter malgré elle la ligne de vie qu’elle a tracée, que ce soit à l’hôpital ou au cœur de son cercle le plus intime. Un rôle écrasant qui offre l’occasion à Léa Drucker d’une nouvelle performance à César par son omniprésence et l’ampleur du registre qu’il lui impose. Au point de reléguer parfois Mélanie Thierry et Charles Berling (devenu trop rare au cinéma) à des rôles secondaires qui ne leur offrent qu’une marge de manœuvre plutôt limitée. Mais c’est aussi l’un des enjeux de ce portrait de femme qui dit beaucoup de choses sur la confusion des sentiments et le bouleversement des valeurs auxquels se trouve en proie notre époque, avec les hésitations et les balbutiements de rigueur.

Jean-Philippe Guerand






Mélanie Thierry et Léa Drucker

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