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“Haute solitude, Jean Zay prisonnier politique” de Laurent Véray



Documentaire français de Laurent Véray (2025), avec (voix) Éric Caravaca… 1h38. Sortie le 23 septembre 2026.



Jean Zay et ses filles



Associé à de nombreux établissements scolaires ou artères de nos villes, le nom de Jean Zay désigne en fait un célèbre inconnu. Ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front Populaire, chargé aussi du Sport, de la Jeunesse et de la Recherche jusqu’en septembre 1939, il devient la victime expiatoire du régime de Vichy. C’est dans un climat d’antisémitisme exacerbé qu’il est arrêté au Maroc en août 1940, ainsi que d’autres parlementaires, sous prétexte d’une désertion imaginaire, avant d’être transféré à la prison militaire de Clermont-Ferrand au moment même où naît sa seconde fille. Condamné à la dégradation et à la déportation au bagne de Cayenne, une peine inique et inapplicable en temps de guerre, inspirée de celle infligée à Alfred Dreyfus, il est finalement interné à la maison d’arrêt de Riom pendant plus de trois ans. Privé de la visite de ses proches et victimes de maintes humiliations, il est exécuté par des miliciens venus sous prétexte de le transférer quelques jours après le Débarquement de juin 1944. C’est sur cette période de son existence que se concentre l’historien Laurent Véray dans ce documentaire utile et même nécessaire pour réhabiliter l’homme connu des cinéphiles qui a notamment posé les bases du Festival de Cannes comme une réponse des nations démocratiques à la vitrine propagandistes qu’était devenue alors la Mostra de Venise. Ce film adopte un parti pris audacieux qui se heurte toutefois à un obstacle : l’absence presque totale d’images de cette période que le réalisateur compense à l’aide de vues des lieux dans lesquels a été confiné le détenu qu’illustrent des extraits de son journal lus par Éric Caravaca avec une retenue exemplaire.



Jean Zay



Entre ces lignes qu’il consigne pour ne pas devenir fou, Jean Zay réussit à demeurer l’homme intègre qu’il a toujours été, malgré les humiliations et les privations qu’on lui inflige, à commencer par la plus douloureuse, qui consiste à ne recevoir que peu de visites de ses proches, en l’occurrence son épouse Madeleine, ses deux filles, son père et sa sœur. Après avoir obtenu la reconnaissance du statut de prisonnier politique, Jean Zay consacre le plus clair de son temps à lire et à écrire, y compris des textes pour le compte de la Résistance, un roman policier intitulé “La bague sans doigt” (Sequana, 1942) qu’il réussit à faire publier sous le pseudonyme de Paul Duparc et ses mémoires édités post mortem sous le titre “Souvenirs et solitude” (Julliard 1946). Le film de Laurent Véray est un authentique défi qui consiste à évoquer la mémoire de cet homme en lui laissant au maximum la parole et grâce à cet entrelacs d’images fixes et de plans tournés sur les lieux mêmes de sa détention dans des décors vides où résonnent ses mots. Le projet résonne avec son titre, Haute solitude, et esquisse le portrait dépouillé d’artifices d’un détenu confronté à ses voix intérieures qui persiste à vivre d’espoir malgré les circonstances, sans jamais exprimer de sentiments négatifs, confiant dans un avenir qui ne prête pourtant pas vraiment à croire en des jours meilleurs. Au moment même où des films comme Les rayons et les ombres et Notre salut esquissent une vision inédite de l’Occupation, ce documentaire est le portrait d’un homme de bonne volonté guidé par une noblesse d’âme peu commune.

Jean-Philippe Guerand





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