Film franco-belge de Jeanne Herry (2026), avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez, Mathilde Roehrich, Brigitte Sy, Hélène Alexandridis, Jacques Vincey, Bruno Raffaelli, Jehnny Beth, Raya Martigny… 1h55. Sortie le 23 septembre 2026.
Adèle Exarchopoulos
Le quotidien d’une comédienne qui se laisse porter des scènes de théâtre aux auditoriums de post-synchronisation, s’enivre des personnalités de ses rôles et boit davantage que de raison pour fêter ses succès et éviter de penser à ses déconvenues. Avec ce quatrième long métrage, Jeanne Herry renonce à la forme chorale de Pupille (2018) et de Je verrai toujours vos visages (2023) au profit d’un portrait de femme sous influence qui tranche avec les innombrables drames et mélodrames qu’a suscité l’abus d’alcool jusqu’alors. Grâce à son empathie naturelle, la réalisatrice dépeint les démons qui assaillent sa protagoniste comme une conséquence naturelle de sa nature généreuse et de l’incertitude du métier qu’elle pratique, l’un de ceux qui reposent le plus sur le désir des autres, facteur aléatoire s’il en est. Cette actrice qui porte le prénom du personnage immortalisé par Arletty dans Les enfants du paradis n’est guidée que par sa passion et sa soif de jouer. Au point de boire parfois plus que du raison pour soutenir ses montées d’adrénaline et garder le sourire en toutes circonstances. Jusqu’au moment où elle rencontre la femme de sa vie (merveilleuse Sara Giraudeau !) qui l’aide à prendre conscience du piège dans lequel elle est tombée malgré elle au fil du temps. Jeanne Herry dépeint à merveille cet engrenage fatal, mais évite soigneusement de sombrer dans le pathos. Elle s’en remet pour cela à un personnage délibérément positif et à une actrice en état de grâce à laquelle elle avait déjà confié un très beau rôle dans son opus précédent.
Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau
Garance est la chronique d’une dérive lente mais profonde. Le portrait d’une jeune femme qui laisse son destin lui échapper en toute inconscience. De l’empathie il en fallait à Jeanne Herry pour dépeindre un tel personnage. Elle se garde toutefois de porter un jugement moral sur sa protagoniste qui semble paradoxalement préservée par son inconscience et sa joie de vivre, sans même se rendre compte qu’elle recourt à l’alcool comme à un remède illusoire qui l’aide à résister à ses idées noires. Pourvu qu’elle ait l’ivresse… Adèle Exarchopoulos apporte toute son expérience à son personnage et évite tous les pièges inhérents au sujet au profit d’un double éloge de l’amour rédempteur et du plus beau métier du monde, celui qu’a elle-même pratiqué la cinéaste et dans l’antichambre duquel elle a grandi à travers la vie professionnelle de sa propre mère, Miou-Miou. Ce sujet plutôt tragique inspire à Jeanne Herry un film aussi généreux qu’empathique qui se garde bien de porter le moindre jugement moral sur son personnage au profit d’un portrait schizophrène de son métier considéré comme un sacerdoce. Certes, les références prestigieuses abondent dans ce domaine, de l’immense Gena Rowlands aux protagonistes du récent De la Comédie Française, mais ce film va bien au-delà, au fil d’une dérive souterraine que sa victime en vient à négliger au profit de sa passion du jeu et de sa fusion amoureuse. Si poison il y a, il s’avère ici sournois et insidieux, mais jamais ni sordide ni plombant.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire