Film américano-mexicano-britannique d’Alejandro González Iñárritu (2026), avec Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Sophie Wilde, Emma d’Arcy, Corey Johnson, Danny Kirrane, Joe Hurst, Mary Higgins, Robert John Burke, Burn Gorman, Ross Hatt… 2h09. Sortie le 30 septembre 2026.
Un magnat du pétrole retranché dans son immense propriété est alerté que la fonte d’un glacier dû au réchauffement climatique en Alaska a libéré du méthane enfoui sous les glaces qui met directement en péril ses installations de forage. Quand la catastrophe annoncée se produit et que cette bombe baptisée Kremlinova dérive vers la Norvège en se fractionnant, ce sont les plus hautes sphères de l’administration américaine qui doivent se mêler de ce qui est devenu une crise géopolitique majeure. Citizen Digger Rockwell le bien nommé (“Digger” signifie littéralement “qui creuse”), magnat de l’or noir de père en fils entretient une famille pour le moins dysfonctionnelle dont une demi-sœur toujours entre deux vins et une mère en état de momification avancée, partage sa couche avec une chatte subclaquante de 28 ans qu’on croirait sortie des bras d’Austin Powers. Jusqu’au moment fatidique où les événements le contraignent à sortir de sa tour d’ivoire pour rallier le Président des États-Unis et ses conseillers afin de prendre les justes décisions qu’implique la situation. Le réalisateur mexicain Alejandro G. Iñárritu a débuté sa carrière sous le signe de sa collaboration fertile avec son compatriote scénariste Guillermo Arriaga sur trois films d’Amours chiennes (2000) à Babel (2006), avant de rejoindre à Hollywood ses compatriotes Alfonso Cuarón et Guillermo del Toro et de remporter les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur en 2015 et 2016. C’est l’année suivante qu’il a eu l’idée de Digger, dont on peut dire que la réalité y rattrape et même y dépasse la fiction par bien des aspects, des visées de Donald J. Trump sur le Groenland à la menace expansionniste que représente la Russie de Vladimir Poutine et les conséquences du blocage des détroits du Golfe persique sur les cours du pétrole.
Tom Cruise
Sans révéler la mécanique dramatique qui caractérise le film, on peut constater sa parenté avec un autre opus du cinéaste, Birdman ou La surprenante vertu de l’ignorance (2014), un tour de force technique qui prenait pour cadre le théâtre entre mise en abyme pirandellienne et distanciation brechtienne. Iñárritu opte ici pour un dispositif à la fois proche et différent, tout en lorgnant un peu trop du côté de Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (1964) et en confiant à Tom Cruise un rôle de composition spectaculaire qui semble avoir été taillé à la démesure d’un Jack Nicholson, ce qu’il n’est pas. La star s’éloigne cependant de sa zone de confort et débite d’interminables tirades sans donner l’impression d’être jamais vraiment à son aise. Ses partenaires sont servis quant à eux de façon pour le moins inégale voire sous-utilisés comme Sandra Hüller qui ne fait que quelques tours et puis s’en va, un verre d’alcool à la main, mais pas grand-chose à se mettre sous la dent sur le plan dramatique, là où le scénario s’avère plus favorable à John Goodman, prodigieux en maître de la Maison Blanche en mode Franklin D. Roosevelt sanguin, et Riz Ahmed en scientifique qui joue les lanceurs d’alerte dans un silence assourdissant. Le film pâtit d’une logorrhée verbale surabondante au service d’une parabole plutôt fumeuse qui exploite de façon inégale une mise en perspective ambitieuse, mais a parfois de fâcheux airs de songe creux. Entre snobisme chic et ennui ferme.
Jean-Philippe Guerand




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