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“Une affaire turque” d’Hüseyin Aydin Gürsoy



Film français d’Hüseyin Aydin Gürsoy (2026), avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün, Lubna Azabal, Maud Wyler, Lou Howard, Sedef Ecer, Hatice Özer, Shukru Muni, Ramazan Öztürk… 1h32. Sortie le 12 août 2026.



Lionel Erdogan et Metehan Aygün



Un avocat ambitieux intégré dans un cabinet d’affaires se retrouve confronté à ses origines en la personne d’un jeune Turc en situation précaire qui vient solliciter ses services. Un cas de conscience qui va prendre une tournure inattendue en menaçant d’effondrement tout ce qu’il a construit patiemment. Au-delà de son intrigue policière, le premier film d’Hüseyin Aydin Gürsoy propose une réflexion très subtile sur la notion d’intégration et sa compatibilité avec le respect de ses racines. Son personnage principal, Mustafa rebaptisé Mathieu, se présente comme un modèle par la façon dont il a progressé au sein de l’échelle sociale par ses compétences professionnelles, tout en cultivant une certaine schizophrénie entre sa communauté d’origine et la place qu’il convoite parmi une hiérarchie qui ignore tout des efforts qu’il a dû déployer pour accéder à sa position privilégiée grâce à son seul mérite. C’est en répondant aux sollicitations d’un jeune qui pourrait être son double qu’il se trouve confronté en quelque sorte à une épreuve de vérité et va devoir prendre ses responsabilités sans trahir ni celui qu’il a été, ni celui qu’il a réussi à devenir par son mérite et sa persévérance. Un propos universel qui taraude bien des transfuges quand leur intégration dans leur pays d’adoption devient un modèle vertueux pour leurs coreligionnaires. Le film lui-même fait partie de cette récente tendance du cinéma français qui voit éclore des productions consacrées à des minorités jusqu’alors sous-représentées, à l’instar du polar tamoul Little Jaffna signé l’an dernier par Lawrence Valin en immersion dans la communauté sri-lankaise de Paris.



Maud Wyler



Ce film porte en lui tous les paradoxes de la situation qu’il dépeint. Il est l’œuvre d’un cinéaste originaire de Turquie qui a grandi en France sous astreinte des formalités administratives imposées aux ressortissants d’origine étrangère. Ce n’est qu’à l’âge adulte qu’Hüseyin Aydin Gürsoy s’est tout à fait fondu dans sa nouvelle patrie, bien qu’il ait tenu à conserver son patronyme de naissance, contrairement au personnage que met en scène dans son film cet inconditionnel de James Gray. Une affaire turque permet à cette communauté discrète bien qu’estimée tout de même à sept cent mille membres en France d’accomplir une incursion inédite dans notre paysage cinématographique en soulignant ses états d’âme qui rejoignent ceux de la plupart des vagues d’immigration successives venues enrichir notre identité nationale. Le classicisme assumé du film qui traite de la corruption avec un réalisme assumé va de pair avec la solidité de son casting dominé par le très charismatique Lionel Erdogan, vu surtout jusqu’à présent à la télévision dans des séries comme “Engrenages” et “Marseille”. Cet acteur séduisant s’impose dans un rôle en or où il a notamment pour partenaire Charles Berling devenu trop rare au cinéma et impeccable ici dans un personnage de mentor, ainsi que le comédien franco-turc Metehan Aygün dans l’emploi ingrat de celui qui semble condamné à hurler dans le désert. La réussite du film repose pour une bonne part sur sa finesse psychologique qui ne s’accommode par ailleurs jamais de la moindre complaisance.

Jean-Philippe Guerand






Lionel Erdogan

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