Film germano-italo-britanno-espagnol de Karim Aïnouz (2026), avec Callum Turner, Riley Keough, Elle Fanning, Jamie Bell, Tracy Letts, Pamela Anderson, Elena Anaya, Lukas Gage, Lolo Herrero… 1h36. Mise en ligne sur Mubi le 21 août 2026.
Riley Keough et Lukas Gage
À l’origine de ce film, il y a l’idée toujours périlleuse de réaliser le remake d’un classique du cinéma, Les poings dans les poches (1965) de Marco Bellocchio, sur une adaptation du scénariste de Yorgos Lanthimos, Efthimis Filippou. Or, il est bien connu qu’il est plus prudent de s’attaquer aux œuvres de modeste ambition qu’à celles qui ont marqué à ce point leur époque. De ce film solidement inscrit dans l’Italie des années 60, cette nouvelle version traite le sujet initial sous la forme d’un thriller qui tire volontiers vers la comédie noire à travers le destin d’une famille dysfonctionnelle qui a émigré de New York à la Catalogne où la mère (Pamela Anderson) a été dévorée par les loups et où le père aveugle se retrouve confronté à ses quatre enfants adultes. Jusqu’au jour où l’un d’eux ramène sa nouvelle conquête (Elle Fanning) à la maison comme un trophée de chasse et doit assumer son passé sulfureux et surtout incestueux. Rosebush Pruning associe le réalisateur brésilien de renom de La vie invisible d’Eurídice Gusmão (2019) à un casting particulièrement clinquant, même si Riley Keough et Callum Turner y remplacent Kristen Stewart et Josh O’Connor initialement pressentis. Étrangement, confronté aux impératifs d’un film de commande destiné à asseoir sa notoriété internationale, Karim Aïnouz signe une œuvre étrange qui évoque davantage les adaptations les plus solaires de Patricia Highsmith (Plein soleil et Le talentueux monsieur Ripley) que l’aspect torturé de son propre cinéma. Le caractère révolutionnaire du premier film de Bellocchio cède la place à un snobisme puéril qui consiste pour un dandy à exhiber ses mocassins Bottega (placement de produit appuyé) afin d’attester moins de son goût que de ses moyens.
Pamela Anderson
Le film prend pour cadre une tribu dont tous les membres ont un grain plus ou moins développé, chacun d’eux étant incarné par un interprète de renom. Un parti pris qui finit par jouer contre le propos, bien qu’ils se réunissent autour de la statue nue de la disparue installée au milieu du salon et exécutent un rituel qui consiste à déposer une carcasse de viande sur sa tombe pour satisfaire la fringale supposée de ses meurtriers invisibles. Tous ces personnages apparaissent singulièrement perturbés sur le plan affectif et semblent prêts à tout pour assouvir leurs désirs charnels les plus pervers. La subversion politique des Poings dans les poches se réduit ici à un désordre sexuel généralisé au sein d’une famille qu’on jurerait sortie d’une tragédie grecque où la musique n’adoucit pas vraiment les mœurs mais suffit à lier les deux filles conviées au repas des hommes. Il ne reste évidemment pas grand-chose du film de Bellocchio sinon l’arme du crime qui n’est plus qu’un leurre à six décennies de distance, quand le fils aîné continue à informer sa mère de ce qui se passe parmi les siens, tandis qu’elle savoure un bonheur plus simple. Malgré quelques rares plans inspirés, l’audace dont témoigne Karim Aïnouz se situe essentiellement au-dessous de la ceinture, mais ce sexe est désespérément trop triste pour séduire et surtout convaincre que les protagonistes qu’il met en scène sont bel et bien des êtres de chair et de sang dotés de sentiments. Au vu du comportement extrême de ces Atrides un rien pathétiques, on est libre d’en douter.
Jean-Philippe Guerand




Commentaires
Enregistrer un commentaire