La hija cóndor Film bolivo-péruvo-uruguayen d’Álvaro Olmos Torrico (2025), avec Marisol Vallejo Montaño, Maria Magdalena Sanizo, Nely Huayta Cutipa, Alisson Jimenez, Gregoria Maldonado… 1h49. Sortie le 19 août 2026.
Marisol Vallejo Montaño
Dans une tribu Quechua des Andes boliviennes, la fille de la sage-femme habituée à chanter pour apaiser la douleur des parturientes se dérobe devant ses responsabilités héréditaires afin de partir tenter sa chance à la ville comme accordéoniste au sein d’un groupe de femmes. Consternées par son geste soudain auquel rien ne les a préparées, sa mère et sa cousine partent à sa recherche afin d’essayer de la ramener à la raison et de la faire revenir sur sa décision qui menace à court terme les perspectives des femmes enceintes de sa communauté autochtone privées ainsi d’un accompagnement sanitaire et moral déterminant. Quand les animaux et les récoltent subissent des dommages aux origines inconnues, la superstition incite ces villageois issu du légendaire peuple inca à y voir un châtiment divin provoqué par cette défection. En adoptant le point de vue de cette jeune femme qui tente de poursuivre un rêve artistique incompatible avec les responsabilités qui lui incombent malgré elle, le film décrit le poids des traditions comme un frein à l’épanouissement individuel dans le contexte spécifique d’une sororité audacieuse et plutôt joyeuse. L’une des curiosités de ce film est de mêler deux langues : l’espagnol et le quechua, expérience exotique s’il en est qui ajoute à la magie de ce voyage initiatique superbement éclairé par le chef opérateur Nicolás Wond Díaz
Marisol Vallejo Montaño et Maria Magdalena Sanizo
Soutenu par les festivals de référence de Ventana Sur et de Toulouse, La fille condor est un film très beau et très doux, magnifiquement baigné de clairs-obscurs dans un cadre naturel somptueux. Une ode à la vie et à la survie qui évoque la difficulté d’être une femme dans une société patriarcale qui n’a été que peu atteinte par les revendications féministes et le mouvement #MeToo, mais exprime des revendications dictées par le simple bon sens, à commencer par la plus essentielle d’entre toutes : que les naissances bénéficient de l’accompagnement d’une accoucheuse dédiée à cette fonction. La tonalité de la narration s’apparente au cinéma vérité par la façon dont la fiction se nourrit d’un travail d’observation préalable et un casting intégralement composé d’interprète non-professionnels que le réalisateur a choisi en s’inspirant de leur véritable fonction sociale, quitte à leur donner volontiers des sentiments complexes à exprimer et sans jamais s’en tenir aux apparences. C’est le prix de la vérité qui se dégage du deuxième long métrage d’Álvaro Olmos Torrico, bien loin des documentaires formatés National Geographic qui ont peu à peu réussi à imposer un langage stéréotypé de nature à montrer tous les peuples selon des critères à peu près immuables, quitte à sacrifier par là-même une part non négligeable de leur authenticité. C’est l’humanité profonde et les sentiments universels de cette histoire qui lui donnent tout son prix.
Jean-Philippe Guerand




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