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“Fjord” de Cristian Mungiu



Film roumano-franco-norvégo-dano-finlando-suédois de Cristian Mungiu (2026), avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Alin Panc, Lisa Loven Kongsli, Christian Rubeck, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Carlehed, Erik Hivju, Giulia Nahmany, Ingvild Lien Sunde, Turid Rivertz Vatne, Adrian Titieni, Jessica Liedberg, Henrikke Lund-Olsen, Ana Bodea, Silje Breivik, Markus Tønseth, Thorbjørn Harr, Maria Bock, Emilie Hetland… 2h26. Sortie le 19 août 2026.





Palme d’or en 2007 pour son deuxième long métrage (après Occident, en 2002), Quatre mois, trois semaines, deux jours, Cristian Mungiu est devenu dès lors le chef de file de la Nouvelle vague roumaine. Il a doublé la mise cette année avec Fjord, fruit de longues recherches qu’il a effectuées autour de l’antagonisme qui oppose régulièrement traditionalistes et progressistes, l’avant-garde de ces derniers se situant en Scandinavie où se déroule l’action de ce film. Le réalisateur y inverse en quelque sorte le postulat de son film précédent, R.M.N. (2022), qui s’attachait aux conséquences de l’immigration économique d’un groupe de travailleurs étrangers en proie à la méfiance de la population locale. Avec cette idée sous-jacente qui consiste à montrer tout ce qui nous sépare. Une famille roumaine part s’installer dans le pays natal de la mère, la Norvège. Dans ce cadre paradisiaque trompeur, les autochtones remarquent des détails qui les incitent à penser que les enfants sont victimes de mauvais traitements voire de châtiments corporels, ce qui s’avère contraire aux usages en vigueur dans cette société puritaine et leur vaut bientôt l’opprobre générale. Un sujet délicat qui donne l’occasion à Mungiu de décortiquer le mécanisme de la rumeur en soulignant les conséquences qui peuvent être celles d’une interprétation biaisée des apparences. Au sein d’un continent européen qui assiste impuissant depuis quelques années à la montée des extrêmes, sa réflexion s’avère fondamentale par sa détermination à mettre en évidence le poids des préjugés et leurs conséquences les plus immédiates, avec le risque bien réel de déclencher une chasse aux sorcières.



Sebastian Stan et Renate Reinsve



Contrairement à son habitude, Mungiu confie les deux rôles principaux de son nouveau film à des interprètes de grand renom international : l’acteur roumain Sebastian Stan, connu à la fois pour avoir incarné Donald Trump jeune dans The Apprentice (2024) d’Ali Abassi et tenu le rôle récurrent du soldat de l’hiver dans différents opus de la saga Marvel, et l’actrice norvégienne Renate Reinsve prix d’interprétation féminine à Cannes en 2021 pour Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier vue récemment dans Backrooms de Kane Parsons. Leur alchimie produit des miracles et confère à cette histoire de point de vue une trouble ambiguïté qui enrichit son propos. L’habileté de la mise en scène consiste à confronter les apparences à la réalité en soulignant les effets pervers de l’opinion publique. C’est d’ailleurs l’une des particularités de Mungiu de se méfier de ce qui constitue la substantifique moëlle du cinéma, l’image, avec l’intention affirmée d’aller au-delà. Il instruit ici magistralement le procès de notre société saturée de signes trompeurs qui se nourrit des réseaux sociaux et de l’IA sans chercher vraiment à distinguer le vrai du faux pour se faire une idée raisonnable et équilibrée de la réalité. Un propos sous-jacent qui va bien au-delà du prétexte plutôt minimaliste sur lequel il fonde sa réflexion et confère à Fjord cette portée universelle qui caractérise les œuvres les plus universelles. Mais toujours en accordant une large place au doute, de nature à éviter les récupérations manichéennes. Preuve que toute vérité arbore de multiples visages et ne peut se réduire à une certitude unique. C’est tout l’intérêt du film que de rester ambigu jusqu’à la dernière image et de refuser de guider notre regard dans un sens ou dans l’autre.

Jean-Philippe Guerand







Sebastian Stan

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