Film français d’Alain Raoust (2026), avec Philippe Rebbot, Grégory Montel, Florence Loiret-Caille, Quentin Dolmaire, Kim Higelin, Oussama Kheddam, Estelle Meyer, Ariane Ascaride… 1h44. Sortie le 1er juillet 2026.
Philippe Rebbot
Alain Raoust fait partie de ces francs-tireurs du cinéma français qui ont bâti l’essentiel de leur œuvre en dehors des institutions et avec une relative indépendance. Loin d’être un rêveur solitaire, ce créateur a su affirmer ses choix et exprimer ses idées en montrant davantage la société à laquelle il aspire que celle qui nous entoure. S’il fallait le rapprocher de certains de ses confrères, c’est du côté de Jean Schmidt (Comme les anges déchus de la planète Saint-Michel, 1979), Jean-Michel Carré (Alertez les bébés !, 1978) ou Jean-Henri Meunier (Ici Najac, à vous la terre, 2006) qu’il faudrait aller chercher pour trouver des démarches communes. Des purs héritiers de Mai 68 qui ont eu l’audace, le courage et l’inconscience d’adhérer à l’utopie libertaire d’un monde meilleur et plus altruiste où les damnés de la terre trouveraient leur place sans avoir pâtir de marginalisation, de déchéance voire pire. Les protagonistes de son nouveau film sont les habitants d’un camping qui ont échoué là faute de pouvoir s’intégrer dans une société du profit qui ne veut pas davantage d’eux qu’ils ne semblent parés pour s’y intégrer. Alors quand leur station de radio locale est menacée, c’est l’ensemble de la communauté qui se sent atteinte dans sa chair par l’éventualité de voir disparaître ce lien social chargé de symboles. Derrière son titre évocateur, Un champ de fraises pour l’éternité se réfère à la fois au tube des Beatles “Strawberry Fields Forever”, mais aussi le cinéma en liberté de Robert Altman ou Robert Guédiguian (à travers la présence d’Ariane Ascaride) et le film culte consacré par Richard Curtis à Radio Caroline, Good Morning England (2009). C’est dire combien il y souffle un vent tonique et rafraîchissant.
Auteur d’œuvres aussi singulières que La vie sauve (1998), La cage (2002), L’été indien (2007) et Rêves de jeunesse (2019), avec le soutien inestimable du producteur Tom Dercourt dont le nom de la société (Les Films à un dollar) reflète la foi et la détermination, Alain Raoust réunit un casting qui reflète assez précisément la démarche solidaire. Des acteurs réputés au service d’un propos altruiste où les individus réussissent à exister au sein d’un tableau de mœurs qui exalte le sens du collectif tout en invitant chacun à agir pour préserver l’unité du groupe. Le réalisateur privilégie pour cela leur plus petit dénominateur commun. Il reprend cette idée de marginalité qui irrigue tout un pan du cinéma indépendant américain jalonné de motels, de maisons démontables et de caravanes qui reflètent le refus de sédentarité de la frange la plus vulnérable de la population depuis la Grande Dépression dont Sean Baker est aujourd’hui le plus célèbre représentant. En s’appropriant ce thème, Raoust signe un film beaucoup plus universel qu’il ne pourrait y paraître de prime abord et y introduit notre spécificité nationale à travers ses interprètes. Quant à l’aspect proprement politique de son film, il s’exprime à travers les réactions spontanées de ses protagonistes aux vœux de nos présidents de la République. Le film avance au gré de ses personnages aux identités pittoresques : Jeanne Bergère, Lana del Vélo, Pamela Gin, Léa Sunshine… Des noms de danseuses du Crazy Horse qui dissimulent les caractères bien trempés qu’endossent Ariane Ascaride, Kim Higelin, Florence Loiret-Caille et Estelle Meyer. Comme autant de petites lueurs dans la nuit. Avec aussi cet animateur enthousiaste et généreux qu’incarne le toujours juste Philippe Rebbot en vieux corsaire des radios libres. Et puis désormais un nouveau projet pour cette joyeuse équipe que révèle Alain Raoust : “ La face B d’Un champ de fraises… ”
Jean-Philippe Guerand




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