Accéder au contenu principal

“La Vénus électrique” de Pierre Salvadori



Film franco-belge de Pierre Salvadori (2026), avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Madeleine Baudot, Charline Cerri, Romain Lefebvre, Patrice Tepasso, Fanny Carbonnel, Toma Robinot, Edwin Gillet… 2h02. Sortie le 12 mai 2026.



Anaïs Demoustier



Paris, 1928. Un peintre devenu veuf noie sa détresse dans l’alcool au grand dam de son ami et galeriste. Dans une fête foraine, une femme qui s’exhibe en embrassant des chalands de passage tout en étant connectée à la fée électricité joue les diseuses de bonne aventure à ses heures perdues. Le jour où l’artiste éméché croit reconnaître en elle la voix de sa chère disparue, troublé par cette rencontre qu’il croit d’outre-tombe, il se remet miraculeusement à l’ouvrage. Reste maintenant à entretenir l’illusion pour son entourage soucieux de l’aider à émerger du néant et à retrouver son inspiration… La première incursion de Pierre Salvadori dans le cinéma d’époque s’impose comme une évidence trop longtemps différée, tant son humour s’avère intemporel. Ce trousseur d’histoires à l’élégance éprouvée, qui prétend ne pas aimer écrire, excelle à dépeindre les relations humaines et les envolées romantiques, avec une prédilection marquée pour la comédie sentimentale, mais sur un registre très personnel qui se caractérise par sa finesse. L’immersion dans les Années folles que constitue La Vénus électrique lui offre donc un cadre spatio-temporel propice à toutes les excentricités. Au point qu’on en arrive à ne plus s’étonner de rien, tant Paris vivait alors son âge d’or sous l’égide d’un bouillonnement artistique nourri notamment par la fameuse Génération perdue en provenance des États-Unis et l’afflux des plus grands peintres de l’époque dans la ville lumière, au moment même où le bon peuple s’étourdissait dans les fêtes foraines et leurs attractions à sensation.



Gilles Lellouche et Pio Marmaï



Directeur d’acteurs accompli, Salvadori réunit pour l’occasion une distribution dominée par l’un de ses interprètes de prédilection, Pio Marmaï, qu’il dirige pour la quatrième fois à un moment crucial de sa carrière où il a beaucoup gagné en maturité, notamment à travers sa collaboration avec Quentin Dupieux et son rôle dans L’attachement de Carine Tardieu. Non seulement l’expérience du comédien sied à son rôle, mais elle le nourrit. Avec pour partenaires féminines Anaïs Demoustier et Vimala Pons, comme les deux reflets d’un même idéal. Salvadori est un orfèvre en relations humaines qui aime à traiter avec légèreté des grands sentiments, tout en se montrant malicieux quand cela s’avère nécessaire. Il démontre avec ce film combien son univers peut s’accommoder d’époques et des mœurs différentes en élargissant singulièrement ses perspectives. L’origine de son sujet est d’ailleurs inattendue. Elle a été soufflée à Pierre Salvadori par la réalisatrice Rebecca Zlotowski à la demande de laquelle il a incarné un réalisateur dans Planétarium (2016), après l’avoir déjà fait l’année précédente pour Philippe Harel dans Tu vas rire, mais je te quitte. Comme si la fiction convoquait le réel. Une décennie de réflexion plus tard, c’est l’idée du film qu’était supposé tourner son personnage qui lui inspire l’une de ses plus belles réussites. On mesure à cette occasion le chemin accompli par ce cinéaste qui inventa le couple merveilleux formé par les regrettés Marie Trintignant et Guillaume Depardieu avec Cible émouvante (1993), Les apprentis (1995) et …Comme elle respire (1998) avant de distiller des merveilles telles que Hors de prix (2006), Dans la cour (2014) et En liberté (2018). Il franchit aujourd’hui un nouveau cap auquel sa sélection en ouverture du Festival de Cannes devrait donner un écho déterminant.

Jean-Philippe Guerand





Gustave Kervern et Anaïs Demoustier, au fond

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...