Film franco-belge de Marie Rémond (2026), avec Marie Rémond, José Garcia, Gustave Kervern, Olivia Côte, Yannick Choirat, Lolita Chammah, Anne Le Ny, Alain Françon, Ambrine Trigo Ouaked, David Talbot, Rodolphe Congé, Noémie Develay Ressiguer, Laurent Ménoret, Florent Cheippe, Pierre-Félix Gravière… 1h26. Sortie le 13 mai 2026.
Marie Rémond et José Garcia
Assistante à la mise en scène discrète et effacée, Élise se retrouve propulsée au remplacement immédiat de son chef mort subitement, tout en se débattant avec un partenaire pour le moins toxique. Pour tout arranger, elle est en proie à des crises de trouble panique aussi soudaines que violentes. De cette confusion intime, Marie Rémond, qui possède un solide bagage théâtral, tire une dramédie dans l’air du temps dont elle assume en outre le rôle principal. À la façon d’une émule féminine de Woody Allen qui puise son inspiration dans un certain mal de vivre, avec l’idée d’en sourire plutôt que de se complaire dans un pathos indécent. L’actrice-réalisatrice s’est offert pour l’occasion des partenaires masculins volontiers à contre-emploi, à l’instar de José Garcia et Gustave Kervern, résolument en décalage avec leur registre habituel. De sa longue expérience théâtrale, Marie Rémond a acquis un sens du collectif qui se manifeste ici dans le soin apporté aux seconds rôles et les emplois confiés à Olivia Côte, Yannick Choirat, Lolita Chammah, Anne Le Ny et même au metteur en scène Alain Françon dans un rôle qu’il connaît mieux que personne. Elles et ils occupent tous leur juste place au sein de ce portrait de groupe toujours très juste et souvent pétillant de malice qui témoigne de l’expérience accumulée par une réalisatrice qui semble s’attacher avec la même intensité à tous ses personnages, sans jamais essayer de tirer la couverture à elle. Élise sous emprise n’est à aucun moment un film narcissique, mais plutôt un regard apeuré sur un monde où tout peut basculer d’un moment à l’autre. Avec une réflexion sur la santé mentale, ce phénomène de société dont la pandémie de Covid-19 a donné l’ampleur, notamment parmi la jeunesse.
Marie Rémond
Le film s’ouvre sur l’un de ces groupes de parole où s’expriment des gens qui vont mal pour une raison ou une autre. Une façon pour Marie Rémond de souligner combien le monde actuel est instable, tout en montrant que s’il y a des malaises récurrents, ils ne sont pas vécus de la même façon par celles et ceux qui en souffrent. Elle aime d’ailleurs à citer une phrase prononcée par Valeria Bruni Tedeschi à propos de ses premiers films : “ Le rire est à l’endroit où je me mets en déséquilibre. ” C’est exactement l’impression que renvoie son personnage dans le film, fruit d’un savoureux mélange de vécu et d’imaginaire qu’elle assume d’autant plus volontiers en en assumant le rôle principal, névroses incluses. Élise sous emprise s’impose peu à peu comme la chronique d’une libération, celle d’une femme à qui une ironie du sort permet de se défaire de ses chaînes invisibles. Quitte à reprendre son destin en main en assumant des fonctions auxquelles elle s’était préparée de façon inconsciente qui lui donnent subitement le courage de reprendre la maîtrise d’une relation sans issue devenue comme un boulet attaché à sa cheville. À rebours de la tendance actuelle qui consiste à pointer une toxicité qui passe par la domination, la violence et pire encore, Marie Rémond dépeint un phénomène beaucoup plus sournois qui s’accommode de mensonges, de sautes d’humeur et d’injonctions contradictoires, avec à la clé une perte de confiance qui empêche d’aller de l’avant. Ce premier film dépourvu d’injonction ressemble à une libération et touche autant par sa sincérité que par sa franchise. Il appelle toutefois des perceptions différentes et aussi pour une bonne part contradictoires.
Jean-Philippe Guerand


Commentaires
Enregistrer un commentaire