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“Autofiction” de Pedro Almodóvar



Amarga Navidad Film espagnol de Pedro Almodóvar (2026), avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit, Quim Gutiérrez, Rossy de Palma, Gloria Muñoz, Carmen Machi, Antonio Romero, Laura Ledesma, Nourdin Batán, Antonio Araque, Mairen Muñoz, Belén Riquelme… 1h51. Sortie le 20 mai 2026.



Bárbara Lennie et Victoria Luengo



Comme son compatriote Carlos Saura avant lui, Pedro Almodovár a souvent été sélectionné en compétition à Cannes sans pourtant jamais avoir réussi à décrocher cette Palme d’or que d’autres réalisateurs moins brillants ont quant à eux obtenu à deux reprises, notamment les Scandinaves Bille August et Ruben Östlund. À l’image de cet autre croisé de la Croisette qu’est Jim Jarmusch, c’est finalement de la Mostra de Venise qu’est venue la lumière, bien qu’un Lion ne vaille toutefois pas une Palme. Voilà donc notre Ibère de retour une énième fois en compétition face à deux de ses cadets, Rodrigo Sorogoyen (L’être aimé) et le tandem formé par Javier Ambrossi et Javier Calvo (La boule noire), confirme la vitalité d’un cinéma espagnol qui a déjà brillé l’an dernier avec Sirāt d’Oliver Laxe. Parvenu à un niveau de perfection formelle rarement égalé, Almodovár signe avec Autofiction un film qui est bien davantage qu’un exercice de style et brasse la plupart de ses thèmes de prédilection : sa mère, les affres de la création et aussi les mystères de l’amour. Avec, comme il se doit, cette connaissance de la psyché féminine qui l’a toujours caractérisé. Il s’y attache cette fois à un cinéaste en crise qui choisit pour personnage de son prochain film une réalisatrice en crise. Prétexte à un jeu de miroirs aveuglant comme il les affectionne. De retour dans sa langue après La chambre d’à côté, il retrouve l’Espagne et renouvelle au passage son cheptel d’interprètes, la fidèle Rossy de Palma tenant toutefois un petit rôle en guise de repère. Comme la plupart des grands auteurs (c’est même souvent à cela qu’on les reconnaît), le réalisateur creuse inlassablement le même sillon et manifeste des doutes qui lui permettent de se renouveler sans pour autant jamais donner l’impression de se répéter inutilement.



Bárbara Lennie et Milena Smit



Pedro Almodóvar ne se contente pas de dédoubler son regard en montrant un cinéaste qui choisit pour personnage principal une réalisatrice, il suggère que celle-ci pourrait elle-même être confrontée à un problème d’inspiration identique. Un effet Vache Qui Rit propice à une nouvelle exploration de la psyché féminine et à une histoire construite et racontée avec cette virtuosité à laquelle est parvenu le cinéaste espagnol. Pas un plan qui ne soit réglé au cordeau, composé comme un modèle d’élégance et cadré à la perfection. Le réalisateur aime tous ses personnages et le leur prouve par l’harmonie qui baigne cette étude de mœurs à double voire triple fond. Et à ce bonheur visuel, il en associe un autre à travers son usage généreux de la musique de son complice Alberto Iglesias qui confère au film le lyrisme assumé de certains drames hollywoodiens des années 50. Grâce à cette conjonction de facteurs, ce “Noël amer” est un éloge des grands sentiments qui confirme la maestria prodigieuse d’un cinéaste dont on en viendrait à négliger qu’il est l’un des rares contemporains à être parvenu à un tel degré de perfection. Cette Autofiction distille en outre un bonheur rare dont la moindre composante est source d’émerveillement. Il est trop peu de cinéastes qui considèrent le spectateur avec de tels égards. Dommage que certains fassent un peu plus la fine bouche à chacune de ses pièces d’orfèvrerie fine, sans plus louer son incroyable talent.

Jean-Philippe Guerand






Leonardo Sbaraglia

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