Film français de Jean-Baptiste Saurel (2025), avec François Damiens, Audrey Lamy, Xavier Lacaille, Brahim Bouhlel, Thomas Ngijol, Philippe Rebbot, Yan Tual, Guillaume Bouttemy… 1h26. Sortie le 18 mars 2026.
François Damiens
Jean-Baptiste Saurel revient de loin. C’est une sorte de miraculé qui a signé il y a un an et demi un nanar d’anthologie, un de ces films dont on se dit en le voyant qu’il met un terme définitif à la carrière de celui qui l’a signé. Il faut dire que Zénithal (prononcer “génital” !) constituait une sorte de mètre-étalon de la vulgarité dans le domaine de la comédie française qui en a trop souvent repoussé les limites. On avait donc quelques raisons d’appréhender son nouvel opus, d’autant plus que la série “Zorro” n’avait pas tenu non plus toutes ses promesses. Pourtant, dès les premières images de Police Flash 80, le doute n’est plus permis. Indice révélateur : le scénario est initié par Thomas Ngijol qui tient par ailleurs le rôle d’un animateur de cité détendu dont les activités philanthropiques et le ton patelin servent à couvrir sa petite entreprise de deal florissante. Jusqu’au moment où il franchit la ligne rouge en éliminant un flic. Dès lors, il attire la suspicion d’un de ses collègues, lui-même accompagné d’une inspectrice à cheval sur la déontologie et d’un jeune expert du déguisement dont les méthodes ont tendance à diverger. Le tout sous couvert d’une unité de choc baptisée qui entend utiliser des méthodes novatrices. La trame est classique, son traitement délibérément vintage renvoie quant à lui à une référence inhabituelle : les comédies de Claude Zidi dont son plus grand titre de gloire, Les Ripoux (1984), qui inspire notamment ici le bon usage de l’annuaire en tant qu’objet contondant indiscernable pour mener un interrogatoire en dehors des sentiers battus de la procédure légale.
Thomas Ngijol et Philippe Rebbot
Ce polar se déroule à une époque dont il met en évidence une certaine innocence. Les gosses de banlieue sont canalisés par de gentils travailleurs sociaux, la France vibre au rythme de Jean-Jacques Goldman, Daniel Balavoine et Début de Soirée, et le trafic de drogue relève encore de l’artisanat local. La police perpétue quant à elle les méthodes d’investigation du commissaire Maigret et des flics de séries télévisées, en privilégiant son intime conviction en toutes circonstances, loin des révolutions de l’informatique et de l’ADN. C’est la posture du monolithique Yvon Kastendeuch que campe François Damiens, qui se voit épaulé par une femme flic (Audrey Lamy) adepte des méthodes modernes mais néanmoins ménagère, avec deux jeunes recrues (Xavier Lacaille et Brahim Bouhlel) férues d’écoutes, de déguisements et de… minitel. Ce quatuor de choc auto-proclamé Police Flash 80 va réussir là où ses collègues auraient sans doute découvert le pot aux roses… encore plus vite. Cette immersion est un plaisir de connaisseurs qui table sur les signes extérieurs les plus pittoresques des Eighties pour esquisser le portrait de cette époque où les flics incarnés par Alain Delon et Jean-Paul Belmondo affrontaient des truands à l’ancienne dans une insouciance aux allures de faille temporelle qui n’a en fait pas grand-chose à voir avec la réalité de l’époque. Mais c’est précisément cette mémoire trompeuse assumée et même exacerbée qui confère tout son charme à cette reconstitution fantasmatique où les trafiquants de drogue dispatchent les fournitures scolaires pour alimenter leur réseau sous couvert d’activités caritatives. Voici un réalisateur qui revient de loin !
Jean-Philippe Guerand




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