Film français d’Anthony Déchaux (2025), avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Jonas Bloquet, Aurélia Petit, Yannick Choirat, Camille Moutawakil, Catherine Vinatier, Camille Santerre, Grégoire Monsaingeon, Grégoire Oestermann, Chad Chenouga, Yves Heck, Benoît del Grande, Grégoire Didelot, Philippe Frécon, David Fischer, Xavier Brossard… 1h36. Sortie le 18 mars 2026.
Ana Girardot
On voit saisonnièrement les journaux d’actualité évoquer les âpres négociations qui mettent aux prises la grande distribution et les organisations professionnelles agricoles. Un combat inégal qui tire sa puissance occulte de sa confidentialité. Le premier long métrage du comédien Anthony Déchaux, qui met ici en application ses études d’économie-gestion et sa pratique du théâtre en entreprise, constitue en cela un authentique tour de force par sa volonté pédagogique de décrire ce mécanisme auréolé de mystère et les forces qui s’y affrontent. Il choisit pour cela comme personnage principal une fille d’agriculteur devenue cheffe de rayon qui se retrouve propulsée malgré elle en première ligne au sein de la centrale d’achats de son enseigne afin d’y défendre la filière laitière bio et locale. Une promotion qui lui vaut d’œuvrer sous la houlette d’un vieux de la vieille rompu aux coups fourrés dans un combat inégal où tout semble écrit d’avance. Le tour de force du scénario consiste à rendre intelligibles des usages d’autant plus opaques que leur résultat final a des retombées considérables sur les consommateurs tenus dans l’ignorance de ces pratiques hautement douteuses. Nul doute que La guerre des prix fera grincer des dents les protagonistes de ce marchandage aux conséquences incalculables, tant il en montre les dessous parfois bien peu ragoûtants en brisant une forme d’omerta savamment entretenue par ses protagonistes sous des prétextes fallacieux de confidentialité. Avec comme toile de fond l’industrie laitière, l’un des secteurs les plus sensibles de l’agriculture française par les marges démesurées qui ruinent les producteurs et engraissent la grande distribution.
Ana Girardot et Julien Frison
Derrière son titre accrocheur, La guerre des prix lève le voile sur des pratiques peu ou pas connues des consommateurs qui en font pourtant les frais, à tous les sens du terme. C’est la chronique d’un combat inégal qui relève de la haute stratégie et déploie un arsenal de grande technicité sous couvert de mener des négociations dont la conclusion se lit ensuite sur les étiquettes des supermarchés. En associant un expert de ces pratiques qui connaît parfaitement les limites imposées de l’exercice à une jeune recrue qui compense son statut de novice dans ce domaine par l’expérience du terrain que lui ont valu ses origines paysannes. L’univers dans lequel elle se trouve projetée se caractérise par son nébulosité savamment entretenue. Les représentants des diverses parties en présence possèdent des caractéristiques qui s’apparentent à celles des joueurs de poker et élèvent le bluff au rang des beaux-arts, à l’insu des consommateurs impuissants par ignorance. Ils sont par ailleurs désabusés, à l’instar du personnage campé par Olivier Gourmet qui en est devenu un spécialiste malgré lui à travers un engagement politique et social assumé, de Ceux qui travaillent à Rouge et L’établi. Tout le contraire de l’idéaliste incarnée par Ana Girardot qui est galvanisée par sa conviction que les lignes peuvent bouger, là où tout se joue en fait hors-champ dans un univers en proie à des stratégies dignes de la plus haute diplomatie où les négociations officielles ne servent qu’à dissimuler des tractations beaucoup plus confidentielles. C’est tout l’art de ce film de lever un coin du voile sur ces pratiques dont nous sommes tous les otages.
Jean-Philippe Guerand




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