Accéder au contenu principal

“Alter ego” de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine



Film américain de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (2024), avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman, Giovanni Pucci, Bertrand Goncalves, Leo Garcia, Olivier Brabant, Olivier Bayart, Emmanuel Plovier, Hervé Hague, Nathalie Floutard, Denis Moulard… 1h44. Sortie le 4 mars 2026.



Laurent Lafitte et Laurent Lafitte



Dans une banlieue résidentielle où toutes les maisons se ressemblent, un quidam ordinaire voit débarquer un beau jour un voisin qui lui ressemble comme un frère et se trouve être aussi son nouveau collègue de bureau. Il semble pourtant être le seul à remarquer ce phénomène troublant qui commence à ronger son quotidien, cet autre lui-même étant en fait sa réplique idéale à laquelle tout le monde croit bon de le comparer, systématiquement à son plus grand désavantage. Axel Chambon est plus brillant et plus populaire qu’Alex Floutard, marié à une femme plus éclatante que la sienne qui jouit bruyamment chaque fois qu’ils font l’amour et tout semble lui réussir, alors que, victime d’une alopécie avancée, rongé par la jalousie et les complexes, son rival envieux s’étiole et se recroqueville en désignant comme responsable de tous ses tourments ce rival encombrant qui semble le surpasser dans tous les compartiments de jeu. Qui plus est sans effort apparent et avec un sourire enjôleur qui lui vaut rapidement une popularité enviable : sa compagnie est aussi recherchée parmi son voisinage que de la part de ses collègues. Alter ego est une comédie trompeuse qui jongle avec un absurde voisin du surréalisme, ne serait-ce que parce qu’Alex est le seul à reconnaître en Axel son sosie. Clairvoyance ou paranoïa aiguë ? L’affiche du film est d’ailleurs assez édifiante qui positionne ces deux personnages sur le modèle des figures de la noblesse sur les cartes à jouer.



Olga Kurylenko, Laurent Lafitte

Blanche Gardin et Laurent Lafitte



Cette comédie d’une férocité inhabituelle repose pour l’essentiel sur la double composition exceptionnelle de Laurent Lafitte qui réussit la prouesse d’être aussi attachant que haïssable dans un face à face impitoyable et désopilant qui lui a valu très légitimement le prix d’interprétation masculine du festival de l’Alpe-d’Huez. Les réalisateurs Nicolas et Bruno sont célèbres quant à eux pour une série culte de l’âge d’or de Canal +, “Message à caractère informatif”, dans laquelle ils donnaient déjà libre cours à cet humour dont raffolent les Anglo-Saxons au fil de quelque 350 sketches mettant en scène les employés de bureau de la Cogip dans un revival des années 70 composé de reportages institutionnels post-synchronisés par leurs soins. Après deux films diversement appréciés, La personne aux deux personnes (2008) et Le grand méchant loup (2013), ils trouvent le ton juste avec Alter ego qui fait déraper la comédie vers le fantastique et même le gore, avec un goût consommé de l’absurde. Tout semble permis dans ce film iconoclaste dépourvu de véritable héros où le mal finit par venir à bout du bien, bien que ces notions s’avèrent ici à géométrie variable et restent toutes relatives. Au point que le scénario finit par s’offrir un incroyable renversement de situation qui relativise tout ce qu’on a pu éprouver jusqu’alors. Cette vision terrifiante du quotidien, sans doute déclinable dans pas mal de pays, propose une alternative politiquement très incorrecte mais fondamentalement hilarante à la fameuse comédie à la française, par ailleurs passablement en perte de vitesse malgré l’aura de ses vedettes les plus populaires. Difficile de résister à ce jeu de massacre. Il a tous les culots.

Jean-Philippe Guerand






Marc Fraize et Zabou Breitman

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...